Marches, soupers, tombolas, ventes de gaufres… La vie associative déborde d’imagination pour récolter quelques euros. Mais à force de multiplier les bonnes causes, ne finit-on pas par solliciter toujours les mêmes personnes ?

Il y a quelque chose d’assez amusant dans notre vie associative. Pas un week-end, ou presque, sans qu’un club sportif, un comité des fêtes ou une association nous propose une activité à laquelle nous sommes cordialement invités à participer.

Une marche organisée par-ci, un jogging par-là, un souper spaghetti le samedi, une tombola le dimanche, sans oublier les traditionnelles ventes de gaufres, de calendriers et autres petites attentions destinées à remplir les caisses.

Et naturellement, tout cela part d’une bonne intention.

Seulement voilà, à force de bonnes intentions, notre portefeuille commence sérieusement à faire la grimace.

Marcher pour la santé… et pour les finances du club

Prenons simplement l’exemple des marches et randonnées organisées.

On nous répète régulièrement, et avec raison, qu’il faut bouger pour rester en bonne santé. Marcher, courir, prendre l’air, entretenir sa condition physique : voilà des recommandations auxquelles je souscris entièrement.

Mais depuis quelque temps, j’ai l’impression que pour mettre un pied devant l’autre, il faudrait presque obligatoirement passer par une table d’inscription.

Trois euros ici, cinq euros là, parfois davantage.

Individuellement, ces sommes paraissent dérisoires. Mais lorsque les manifestations se succèdent chaque week-end, l’addition commence à prendre une tout autre allure.

Pour quelqu’un qui participe régulièrement à deux marches par week-end, à quatre euros l’inscription, la facture annuelle peut dépasser les 400 euros.

Quatre cents euros pour se promener !

Et je ne compte même pas le carburant pour rejoindre le départ, parfois situé à plusieurs dizaines de kilomètres de son domicile.

Nous en sommes presque arrivés à prendre notre voiture pour aller payer le droit de marcher sur des chemins publics.

Il fallait y penser !

La bonne cause, cet argument imparable

Mais attention, je connais déjà la réponse.

« Oui, mais c’est pour soutenir le club ! »

Et c’est parfaitement vrai.

Les associations ont besoin d’argent pour fonctionner. Les équipements coûtent cher, les infrastructures doivent être entretenues et les activités ne s’organisent pas toutes seules.

Quant aux bénévoles qui consacrent leur temps libre à ces manifestations, ils méritent évidemment notre reconnaissance.

Là n’est absolument pas la question.

Le problème, c’est que tout le monde a une bonne raison de solliciter notre générosité.

Le club de football organise son souper. Le club de basket propose sa tombola. L’association du quartier vend des gaufres. Le comité des fêtes prépare son repas annuel. L’école lance une opération chocolats.

Et chacun vous explique, avec beaucoup de sincérité, que votre participation est importante pour la survie de ses activités.

Comment refuser ?

Surtout lorsqu’on connaît personnellement les organisateurs.

On achète donc un billet, puis deux. On réserve quelques places pour le souper. On prend un calendrier dont on n’a pas vraiment besoin, mais qui fera toujours plaisir à quelqu’un.

Et on recommence quelques semaines plus tard.

À ce rythme, il faudra bientôt prévoir une ligne spéciale « soutien à la vie associative » dans le budget familial.

Le problème, ce n’est pas cinq euros. C’est cinq euros multipliés par cinquante !

C’est probablement là que se situe le véritable problème.

Personne ne va sérieusement se plaindre de dépenser quelques euros pour soutenir une association locale.

Mais ce que chaque organisateur oublie parfois, c’est qu’il n’est pas le seul à solliciter les habitants.

Pour une association, demander cinq euros une fois dans l’année peut sembler anodin.

Pour celui qui reçoit cinquante sollicitations du même genre, c’est une autre histoire.

Et encore, je ne parle pas des consommations sur place.

Parce qu’une fois arrivé au souper, difficile de repartir sans avoir pris un apéritif, une boisson ou un petit dessert supplémentaire.

Quant à la marche organisée, elle se termine souvent par un passage à la buvette.

Ce qui, entre nous, constitue parfois la principale motivation de certains participants !

Finalement, ce n’est plus une petite participation, c’est une succession de petites participations qui finit par représenter une grosse dépense.

Toujours les mêmes qui donnent ?

Il y a également un phénomène que les personnes impliquées dans la vie associative connaissent bien.

Ce sont souvent les mêmes visages que l’on retrouve partout.

Les mêmes personnes achètent les billets de tombola, participent aux soupers, soutiennent les manifestations et donnent un petit coup de main lorsque c’est nécessaire.

Et bien souvent, ces personnes sont elles-mêmes bénévoles dans une autre association.

Une sorte de circuit fermé de la générosité locale.

Le club A organise une manifestation à laquelle participent les membres du club B.

Quelques semaines plus tard, le club B organise son événement et les membres du club A viennent lui rendre la pareille.

Tout le monde se soutient, ce qui est évidemment sympathique.

Mais financièrement, on finit parfois par se demander si l’argent ne fait pas simplement le tour des associations en passant régulièrement par les mêmes portefeuilles.

Avec, au passage, quelques billets qui s’évaporent dans les frais d’organisation.

On pourrait presque organiser une tombola pour financer les billets de tombola !

Et si soutenir devenait une obligation morale ?

Ce qui me dérange davantage, c’est cette petite pression, souvent involontaire, qui accompagne certaines sollicitations.

Lorsque quelqu’un que vous connaissez vous propose des billets ou vous invite à une manifestation, refuser n’est pas toujours aussi simple qu’il y paraît.

On ne veut pas décevoir.

On ne veut pas donner l’impression de ne pas soutenir le club.

Alors on accepte, même lorsque l’envie ou le budget ne suivent pas vraiment.

Et pourtant, il me semble qu’une participation à une activité associative devrait rester un plaisir, pas devenir une obligation déguisée.

La générosité ne devrait jamais se mesurer au nombre de tickets achetés ou de soupers auxquels on participe.

On peut parfaitement apprécier une association, respecter ses bénévoles et soutenir ses activités sans devoir systématiquement sortir son portefeuille.

Ma petite marche à moi ne finance personne

Pour en revenir aux marches, je dois reconnaître que j’ai trouvé une solution particulièrement économique.

Chaque matin, après mon petit déjeuner, je pars parcourir mes neuf kilomètres dans les chemins de campagne de Ten-Brielen.

Pas de droit d’inscription, pas de fléchage officiel, pas de ravitaillement.

Je prends simplement le temps de profiter de la campagne, de saluer quelques connaissances et de rentrer chez moi.

Et curieusement, mes jambes semblent apprécier l’exercice tout autant que si j’avais payé cinq euros.

Je n’ai évidemment rien contre les marches organisées. Elles permettent de découvrir d’autres endroits, de rencontrer des gens et de partager un moment convivial.

Mais je n’ai pas besoin d’un dossard ou d’un tampon sur un carnet pour avoir le sentiment d’avoir accompli quelque chose.

Et surtout, je garde mes cinq euros.

Ce qui, au prix où vont les choses, devient presque une performance sportive en soi !

Soutenir, oui. Mais jusqu’où ?

Je reste profondément attaché à la vie associative. Elle joue un rôle essentiel dans nos villages, crée des liens entre les habitants et permet à de nombreuses activités de continuer à exister.

Sans elle, nos communes seraient certainement beaucoup moins vivantes.

Mais peut-être faudrait-il aussi prendre conscience que les habitants ne disposent pas d’un budget illimité pour soutenir toutes les initiatives.

À force de multiplier les manifestations destinées à récolter de l’argent, on risque de lasser ceux qui répondent toujours présents.

Et ce serait bien dommage.

Car la solidarité, lorsqu’elle devient trop régulièrement sollicitée, peut finir par ressembler à une facture supplémentaire.

Une bonne cause reste une bonne cause, mais cinquante bonnes causes ne font pas nécessairement cinquante bonnes raisons de dépenser.

Alors, que les associations continuent à organiser leurs marches, leurs soupers et leurs manifestations. Que les bénévoles continuent à faire vivre nos villages.

Mais qu’on comprenne aussi ceux qui, de temps en temps, préfèrent simplement rester chez eux, aller se promener gratuitement ou décliner une invitation.

Sans devoir se justifier.

Et sans passer pour des radins.

Parce qu’après tout, la vie associative est censée rassembler les gens, pas les mettre à contribution à chaque occasion.

Quant à moi, demain matin, je reprendrai mes chemins habituels.

Neuf kilomètres au grand air, quelques rencontres et probablement un peu de boue sous les chaussures.

Le tout gratuitement.

Mais chut… ne le répétez pas trop fort. Quelqu’un pourrait avoir l’idée d’organiser ma promenade et de me réclamer cinq euros à l’arrivée ! 😉


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